Yann Vigil Hoareau



Hoareau, Y.V. & Legros, D. (2005). Effet de la langue maternelle (L1, Créole) sur la compréhension de texte explicatif en langue seconde (L2) en situation diglossique. Rôle de la langue L1 dans l'activation de la Mémoire de Travail à Long Terme Colloque international Appropriation du français et construction de connaissances via la scolarisation en situation diglossique. Université de Nanterre, 24-26 février 2005 (TCAN/CNRS).

  Contextes, langage et cognition

Présentation

Les recherches sur l'apprentissage en situation de bilinguisme, de diglossie ou en contexte multiculturel ont montré l'importance de facteurs tels que l'oralité et la prise en compte des connaissances culturelles de l'apprenant (Brewer, 1985 ; Kintsch & Greeno, 1978 ; Mistry, 1993). Dans le même temps, les recherches sur les processus cognitifs sous-jacents à ces phénomènes de construction de connaissances en milieu bilingue (Singual, 2002 ; Verhoaven, 1994) n'ont jusqu'alors pas su proposer d'explications se rattachant aux modèles classiques de la compréhension du langage (Kinstch, 1998).
L'objectif de ce travail est de montrer qu'une lecture fine du modèle Construction-Intégration (Kintsch, 1998) permet une compréhension des mécanismes de construction de connaissances en contexte bilingue. Nous montrerons que les conditions d'activation de la Mémoire de Travail à Long Terme (Kintsch & Ericsson, 1995), qui est un élément central du modèle de Kinstch (1998), varie du fait de facteurs contextuels (relation entre les connaissances liée à culture de l'élève et les connaissances véhiculées par le texte) et de la langue (L1 vs L2).
Notre expérimentation a concerné cinq classes de CM2 de Saint-Joseph et Saint-Philippe de l'île de la Réunion. Nous avons fait lire aux sujets un texte se rapportant au thème du dérèglement climatique (dont les effets sont bien connus par les enfants Réunionnais). Nous avons par la suite proposé des aides orales à la compréhension du texte en créole (L1) pour le groupe 1 et en français (L2) pour le groupe 2. Nous avons fait lire le texte sans aide à la compréhension pour notre groupe contrôle ( groupe 3). Nous avons analysé la production des élèves des trois groupes en tâche de rappel libre via une analyse prédicative (Kintsch, 1974).
Les résultats que nous avons recueillis nous permettent de conclure à un effet significatif de la langue L1 (créole) sur l'activation des connaissances et la production d'inférences lors de la lecture d'un texte en L2 (français).
Notre travail montre qu'il est possible d'appliquer le modèle Construction-Intégration pour comprendre les mécanismes de construction de connaissances en contexte bilingue ou diglossique. Cela a pour conséquence de proposer la situation de diglossie comme lieu de reformulation de questionnements liés aux modèles de la compréhension du langage en psychologie cognitive.

Références

Brewer, W. (1985). The story schema : universal and culture-specific properties. In N. Torrance, D. Olson, & A. Hildyard (Eds.). Literacy, Language and Learning (pp. 167-194). Cambridge : Cambridge University Press.
Ericsson, K.A. & Kintsch, W. (1995). Long-term Working memory. Psychological Review, 102, 211-45. Kintsch, W.(1974). The representation of meeaning in theory. Hillsdale, NJ : Erlbaum.
Kintsch, W. (1998). Comprehension, a Paradigm for Cognition. New York, NY: Cambridge University Press.
Kintsch, W. & Greeno, E. (1978). The role of culture-specific schemata in the compréhension and recall of stories. Discourse Processes, 1(1), 1-13.
Mistry, J. (1993). Cultural context in the dévelopment of children's narrative. In J. Arriba (Ed.), Cognition and culture : a cross cultural approach to psychology . Elsevier Science
Singhal, M. (1998). A Comparison of L1 and L2 reading: Cultural differences and schema.The Internet TESL Journal, [Online], 4(10). Lire
Verhoeven, L. T. (1994). Transfert in bilingual developpement: The linguistic Interdépendance Hypothesis Revisited. Language learning, 44(3), 381-415