Crinon, J., dir. (2003). Le mémoire professionnel des enseignants, observatoire des pratiques et levier pour la formation. Paris : L'Harmattan. 


Le mémoire professionnel des enseignants observatoire des pratiques et levier pour la formation

Sous la direction de Jacques Crinon

 

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Quatrième de couverture

Le mémoire professionnel des professeurs stagiaires : un élément essentiel pour former des praticiens réflexifs ou bien un exercice d'école formel éloigné des compétences professionnelles utiles ? La manière dont est conçu le mémoire est déterminante. Plusieurs des meilleurs spécialistes français actuels du mémoire ont contribué à cet ouvrage collectif et y traitent quelques questions centrales : les objectifs des formateurs, les modes de mobilisation des stagiaires, les types d'accompagnement et de consignes de travail proposées, les pouvoirs de l'écriture et des échanges autour des écrits, les problèmes impliqués par la saisie du " réel " de la classe et de l'établissement, le rapport aux élèves, l'appropriation critique du travail des autres (lectures, collègues, formateurs…). Au delà de la forme du mémoire - peut-être contingente - c'est la place de l'activité d'écriture dans une formation professionnelle qui est interrogée. Et à travers celle-ci, le rôle d'une élaboration de la difficulté professionnelle au moment de l'entrée dans le métier. Ce livre fournira aux étudiants, aux chercheurs en éducation, aux formateurs - tout particulièrement aux formateurs d'enseignants - et aux décideurs des informations et des analyses indispensables, sur un sujet controversée et déterminant pour la qualité de la formation.

Ont participé à cet ouvrage :
Dominique Bucheton, Jacques Crinon, Isabelle Delcambre, Richard Étienne, Michel Fabre, Michèle Guigue, Denis Legros, Marie-Pierre Mackiewicz, Emmanuelle Maître de Pembroke, Med Makhlouf, Suzanne Nadot, Patrick Rayou, Éliane Ricard-Fersing, Jean-Yves Rochex.

 

Sommaire

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Introduction (Jacques Crinon) 9
 
Première partie : Quel mémoire pour quelle formation ? 15
Le mémoire professionnel d'IUFM : un genre pédagogique ? (Michel Fabre) 17
Le point de vue de la recherche en didactique de l'écriture (Isabelle Delcambre) 35
Des discours de l'institution à ses pratiques : le mémoire professionnel, un analyseur des pratiques (Suzanne Nadot) 45
Enjeux et hors jeux du mémoire professionnel (Patrick Rayou) 61
Mémoire professionnel et genre professionnel en crise (Jean-Yves Rochex) 87
 
Deuxième partie : Place des lectures, place des élèves 111
Les modalités de présence des élèves dans des mémoires professionnels (Michèle Guigue et Jacques Crinon) 113
Se situer par rapport à la pensée de l'autre : la place des lectures (Jacques Crinon et Éliane Ricard-Fersing) 133
 
Troisième partie : Le mémoire et ses destinataires 143
Interagir autour d'un mémoire en construction : l'exemple d'une collaboration à distance (Denis Legros, Emmanuelle Maître de Pembroke et Med Makhlouf) 145
Publier des mémoires professionnels : acte anodin, effet-vitrine ou valorisation de la formation ? (Richard Étienne) 159
 
Quatrième partie : Une formation par l'écriture ? 173
Les mémoires professionnels des travailleurs sociaux (Marie-Pierre Mackiewicz) 175
Le portfolio dans la formation des élèves professeurs aux Etats-Unis (Éliane Ricard-Fersing) 193
Le journal de bord : un écrit de travail en formation (Dominique Bucheton) 209
 
Conclusion : Mémoire et professionnalisation (Jacques Crinon) 241

 

Introduction

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Évoquer le mémoire professionnel des professeurs stagiaires expose à des jugements à l'emporte-pièce. Un élément essentiel pour former des praticiens réflexifs, selon les uns. Selon les autres, un exercice d'école formel éloigné des compétences professionnelles utiles, une exigence élitiste inutile au professeur de base.

Mais, si l'on y regarde de plus près, les effets de l'outil sont à mettre en rapport avec la manière dont on l'utilise. Les recherches sur le mémoire peuvent ainsi éclairer les formateurs d'enseignants à de multiples égards : par exemple sur la variété des objectifs des formateurs eux-mêmes, les modes de mobilisation des stagiaires, les types d'accompagnement et de consignes de travail proposés, les pouvoirs de l'écriture et des échanges autour des écrits, les problèmes impliqués par la saisie du " réel " de la classe et de l'établissement, le rapport aux élèves, l'appropriation critique du travail des autres (lectures, collègues, formateurs…).

En janvier 2003, l'IUFM de l'académie de Créteil a convié ses formateurs à des journées d'étude destinées à mettre en commun leurs pratiques d'accompagnement et d'évaluation des mémoires et à renforcer le rôle formatif des situations d'écriture des pratiques enseignantes. Plusieurs chercheurs, auteurs d'études sur les mémoires professionnels, ont nourri ces journées de leurs analyses. Cet ouvrage rassemble leurs contributions, dans la diversité de leurs cadres théoriques et de leurs méthodologies.

Nous les avons réparties en quatre sections. Les enjeux du mémoire dans la formation professionnelle sont au cœur de la première. Que doit être le mémoire pour jouer son rôle dans une formation d'enseignants ? Une " théorie-pratique " au sens de Durkheim, répond Michel Fabre. On peut caractériser la réflexion pédagogique, dit-il, comme une théorie visant à orienter et améliorer l'action de l'enseignant en ce qui concerne aussi bien la " gestion " de la relation que celle des apprentissages, une théorie dont l'auteur est le praticien lui-même. Isabelle Delcambre met l'accent sur la dimension heuristique du passage par l'écriture et propose d'élucider celle-ci avec les stagiaires, ne serait-ce que parce que, quelle que soit la discipline d'enseignement, la question de l'écriture dans les apprentissages des élèves est cruciale. Suzanne Nadot s'appuie sur une enquête conduite par l'observatoire chargé d'évaluer les formations au sein de l'IUFM de Versailles pour présenter les conceptions contrastées que les formateurs se font du mémoire, du témoignage d'une pratique à l'explicitation de l'action ou à l'analyse des décalages entre les intentions pédagogiques et la pratique effective de la classe… Peut-être cette diversité - ces contradictions internes à la formation ? - ne sont-elles pas sans conséquence sur la perception qu'ont les stagiaires de cet exercice. Patrick Rayou s'interroge en effet sur l'insatisfaction que manifestent souvent les jeunes professeurs à l'égard de leur formation et notamment à l'égard du mémoire. Il montre en particulier, à travers les réponses de stagiaires qu'il a interviewés , une série de malentendus, sur les rapports entre théorie et pratique ou sur l'évaluation, malentendus nourris par les dysfonctionnements de l'institution. Enfin, Jean-Yves Rochex, après avoir analysé l'entrée dans le métier et ses difficultés - jouer un jeu dont on ne maîtrise pas les règles - dans un contexte où l'univers normatif traditionnel de l'institution scolaire est décrédibilisé, pose les conditions auxquelles le mémoire peut aider utilement à l'entrée dans le métier, si l'on prend au sérieux l'idée d'élaborer une difficulté professionnelle à partir de la résistance du réel à ce qu'on aurait voulu faire.

La seconde section situe le mémoire par rapport aux deux grandes fonctions que lui assigne l'institution - analyser ses pratiques professionnelles et se référer à des travaux existant - et par rapport à la tension entre ces exigences. Le mémoire peut être tout à tour considéré comme un produit - le mémoire terminé, qui rend compte d'un certain état de l'analyse, par un enseignant stagiaire, d'une pratique professionnelle et de références lues ou entendues - et comme un processus - l'élaboration de cet écrit, moyen de s'approprier des connaissances, de clarifier ses intentions pédagogiques, de comprendre des situations d'apprentissage-enseignement. Les deux chapitres de cette section s'appuient sur l'analyse de corpus de mémoires - les produits - pour déterminer ce qui fait parfois obstacle au processus de formation. Michèle Guigue et Jacques Crinon mettent en évidence l'indifférence aux élèves concrets qui caractérise de nombreux mémoires. Jacques Crinon et Éliane Ricard-Fersing soulignent la difficulté des stagiaires à utiliser leurs lectures, qui est aussi une difficulté à se situer par rapport à des sources identifiées.

La troisième section met l'accent sur la communication, indissociable de l'élaboration d'une pensée dans l'écriture. Denis Legros et Emmanuelle Maître de Pembroke évoquent une pratique d'échanges internationaux par courrier électronique. Cette coopération à distance permet la mise en commun des méthodes et des résultats des partenaires et ouvre la voie à une pédagogie de la compréhension interculturelle, tant par les thématiques explorées que par la manière de les explorer en commun. Richard Étienne se fait l'avocat de la publication des mémoires, qui modifie profondément la signification sociale de leur rédaction. Il ne s'agit plus alors pour le jeune enseignant de se soumettre à un contrôle de conformité, mais de prendre sa place dans une communauté de praticiens réfléchissant sur leur activité.

Au-delà du genre " mémoire professionnel " et de ses variantes, c'est donc alors l'activité d'écriture et le contexte dans lequel elle s'exerce qui passe au premier plan. Le mémoire n'est qu'une des formes possibles de l'écrit de formation. Se former au métier d'enseignant par l'écriture ? Comme l'indique Dominique Bucheton, il est besoin, pour se former - se transformer - d'être confronté à des tâches précises. La quatrième section réunit des contributions consacrées à d'autres contextes et à d'autres formes d'écriture professionnalisantes que les mémoires des enseignants stagiaires. Les mémoires de travailleurs sociaux (Marie-Pierre Mackiewicz), les portfolios des " student-teachers " américains (Éliane Ricard-Fersing), le journal de bord mis en œuvre à l'IUFM de Montpellier (Dominique Bucheton). Ce décentrement par rapport au genre " mémoire " permet de mettre l'accent sur le caractère exigeant, difficile, de tout passage à l'écrit, mais aussi sur le rôle médiateur du langage dans la transformation des savoirs et de l'identité du scripteur.

Ce livre n'est pas une somme. Bien des aspects de la réflexion sur le mémoire n'y trouvent qu'un écho assourdi. On aurait pu aussi utilement mettre en avant l'impact, sur l'élaboration du mémoire, de son poids dans la certification des stagiaires, ou encore sur les problèmes éthiques auquel se trouve confronté un enseignant appelé à parler de manière précise de ses élèves et de son milieu d'exercice. Les contributions qui constituent ce livre ne tiennent pas non plus un discours unifié. Le mémoire tel que le dessinent Michel Fabre ou Isabelle Delcambre - pour lesquels la référence à la recherche obscurcit la réflexion sur le mémoire - n'est pas le mémoire que pratique Denis Legros - qui propose à ses stagiaires des méthodologies quasi expérimentales afin notamment de donner des cadres facilitant leur travail coopératif. Mais notre intention est justement d'inviter à débattre. Car un débat - informé - entre formateurs est, selon nous, un moyen privilégié d'améliorer la formation.

Il peut enfin sembler paradoxal de s'intéresser au mémoire professionnel à un moment où il pourrait disparaître, en France, de la formation initiale des enseignants. Mais c'est qu'à travers la forme - contingente - du mémoire, la question posée est celle de la place, dans la formation, du retour réflexif sur les pratiques et tout particulièrement de l'outil que constitue à cet égard la passage à l'écriture. Devient-on un enseignant efficace en écoutant des conseils et en imitant des professionnels expérimentés ou bien en analysant sa propre action et celle des autres ? Interroger l'écriture professionnalisante et tout particulièrement la formation qu'elle a revêtu dans la formation des enseignants français depuis le début des années 1990, c'est se placer du côté de ceux qui croient à la nécessité d'une formation par l'analyse.

Jacques Crinon

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